La forme, le vivant, le corps, la nature. Une exploration du monde vivant à travers la céramique. C’est là le travail de Julia Morlot, céramiste de 36 ans qui vit et travaille en Bourgogne. Ses œuvres nous offrent une vision du monde proche de l’étrange, de l’imaginaire, qui nous intrigue, nous fascine et nous émeut.

Après un baccalauréat en arts appliqués au lycée, Julia entre à l’Ecole des Beaux-arts de Bourges. Elle y rencontre le medium du textile et explore le volume à partir de tissus de récupération.  

Tout au long de son parcours d’études, Julia a été portée par une curiosité pour l’artisanat, et apprend différentes techniques lors de voyages. Elle perçoit alors l’artisanat comme un mode de rencontre avec les hommes et les femmes du monde entier. Elle réalise une année de design textile à l’Ecole nationale supérieure des arts visuels de La Cambre à Bruxelles, puis, à la fin de ses études, voyage pendant six mois en Asie du Sud-Est où elle découvre des techniques de tissage ancestrales.

L’art a toujours été dans sa vie, dans ses mains. Bien qu’elle pratique aujourd’hui la céramique, sa passion du textile n’est jamais loin, et l’on retrouve l’utilisation de la dentelle dans certaines de ses œuvres. Il s’agit de pièces de dentelle anciennes qui racontent l’histoire de femmes : celles qui l’ont fabriquée. Ces chutes de tissus sont à ses yeux des fragments du passé, des porteurs d’histoires. Le textile s’exprime aussi aujourd’hui dans ses créations pour le spectacle vivant : à la frontière entre textile et céramique, associés parfois à d’autres matériaux, elle donne naissance à des costumes sculpturaux, tels des « installations vivantes », ou à des scénographies puissantes et évocatrices. La présence du textile infuse son œuvre.

Camée, dentelle ancienne sur médaillon et pied de faïence, diam. 30 cm. Photo Vincent Arbelet
Camée, détail, sein en bas-relief de faïence et dentelle ancienne. Photo Vincent Arbelet

C’est il y a seulement quelques années que Julia Morlot rencontre la céramique, dans l’atelier d’amis céramistes : Denis Castaing et Emmanuel Chevrel, à Saint-Mesmin en Bourgogne. Julia se forme à cette technique qui, peu à peu, devient dominante dans sa pratique.

La céramique est un terme générique qui désigne le travail de tous les types de terres : faïence, porcelaine, grès, etc. Julia choisit le biscuit (faïence) et le grès pour des raisons techniques (notamment la solidité à la cuisson), mais aussi selon des critères esthétiques : la matité et le blanc du matériau brut de ses œuvres sont le terrain de jeux de la lumière qui se dépose et se réverbère sur la matière. Le blanc a depuis longtemps été présent dans son travail, « sans doute un héritage du linge de maison » dit-elle. Il est aussi présent sur les camées historiques dont elle s’inspire, ces objets fascinants appartenant au passé qui racontent une histoire à travers des visages, des corps de personnages illustres. Le blanc évoque aussi une dimension spectrale, qui touche à ce qui a existé et dont il ne reste plus qu’une âme ou un vestige. A travers ses différentes inspirations, qu’elles soient textiles, colorées ou matérielles, on trouve dans l’œuvre de Julia Morlot un ancrage en lien avec la mémoire, l’histoire et le passé. Ses œuvres nous livrent, presque comme dans une vanité, une réflexion sur notre condition d’être vivant, à la frontière entre apparition et disparition, entre le réel, le tangible, et l’imaginaire.

Malgré la dominance du blanc, on peut noter la présence du noir dans un travail antérieur, ou du rouge dans l’œuvre Les fleurs du souvenir de 2014. Cette installation met en scène un réseau de longs tuyaux, symbolisant notre chemin de vie, qui aboutissent en une fleur en céramique qui incarne la fin de celui-ci, « une fleur de terre qui retourne à la terre » pour citer le texte de la critique d’art Florence Andoka à propos de cette œuvre.

Tribals camée, bouche, faïence, diam. 30 cm. Photo Vincent Arbelet
Les fleurs du souvenir, fleurs en céramique et tuyaux de PER en plastique, 2014, chapelle des Ursulines, Montbard. Photo Céline Mathé

La céramique est une technique qui ouvre un large champ des possibles par la variété de terres utilisables. Julia souhaite encore en explorer la richesse. Elle travaille tantôt le moulage, notamment pour les plaques de ses médaillons ou ses fragments de corps, mais aussi le modelage pour quelques fragments de corps et les filaments, formes vivantes, végétales ou animales, réelles ou fictives, qui les accompagnent. Pour le travail de moulage, on peut en noter une expression dans son œuvre Les pleurants de 2012, en plâtre, où des pieds de cochons ont été moulés afin d’être exposés dans une ancienne porcherie. Il s’agit ainsi de « tronçons de mémoire animale » qui marquent la mémoire d’un lieu et raconte une histoire, une empreinte d’un passage appartenant au passé.

Les pleurants, moulage en plâtre, 2012. Photo Sophie Goullieux

En ce qui concerne le format de ses œuvres, les camées sont les plus petites pièces qu’elle ait conçues. Leur taille évoque en effet les camées historiques dont elle s’inspire, qui renvoient à l’intime, dans un minutieux travail de détail. Aujourd’hui, Julia, dans cette quête et cette passion pour la forme, le volume et la matière, explore d’autres horizons. Julia s’imprègne du monde pour créer, il y a une perméabilité entre son environnement et sa création : ce qu’elle voit, les volumes, les tissus, sont autant de réalités qui l’inspirent et qui se rejoignent dans ses œuvres. Sa fascination pour le vivant la pousse à rechercher des formes organiques dans le corps humain, l’animal, le végétal. Aujourd’hui, Julia s’éloigne peu à peu de ce qui est identifiable et des objets existants pour imaginer, croiser les sensations, les impressions de formes et, dans une maïeutique créative, en faire apparaître de nouvelles.

Camée, Oreille, modelage de l’oreille et des filaments sur médaillon moulé, faïence, diam 44 cm, 2020. Photo Vincent Arbelet

Julia Morlot aime brouiller les pistes et proposer une première approche esthétique d’une œuvre puis une seconde où, quand l’œil s’attarde, il perçoit une étrangeté, une inquiétude. On peut ainsi mentionner l’œuvre Dentelle de dents de 2012, en plâtre, qui donne à voir une série de motifs fleuris et cruciformes qui se révèlent être des moulages de dents.

Dentelle de dents, détail, moulage de dentiers en plâtre, panneau de bois peint, 122 x 167 cm, 2012. Photo Hervé Scavone
Détail. Photo Hervé Scavone

En ce sens et dans son travail sur la forme, Julia Morlot cherche à conjuguer deux éléments qui se mêlent et se confrontent : une partie de corps très reconnaissable, presque photographique, avec des filaments vivants, organiques, mais qu’on ne peut pas réellement identifier. Ces figures se rencontrent sur une même surface et posent question : laquelle apparaît, disparaît, prend le pas sur l’autre.

Camée, Pied, faïence, diam. 30 cm, 2019. Photo Vincent Arbelet
Détail. Photo Vincent Arbelet

Au-delà de la matière qu’elle travaille avec curiosité et un désir permanent d’exploration, il y a donc dans le travail de Julia Morlot une véritable fascination de la forme, du volume, qu’elle traite avec beaucoup de délicatesse, de poésie, de subtilité et d’étrangeté.

Vous pouvez retrouver son travail sur son compte Instagram : @julia-morlot

Julia Morlot exposera du 10 décembre 2021 à mars 2022 à la galerie Murmure à Colmar (68), entourée de deux autres artistes. N’hésitez pas à vous y rendre afin de découvrir son travail. Site de la galerie : https://www.galerie-murmure.fr/

Si Julia devait définir son œuvre en un mot, elle la dirait « organique ». A nous de plonger dans cet univers…

Sandrine Thomas

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